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lézard,  préhistorique  bien  sûr,  et  éteint  depuis  longtemps.  Et
       puis,  alors  qu’ils  étaient  à  terre,  arrivant  sur  le  quai,  tous
       chargés  de  provisions,  ils  l’avaient  vu  s’éloigner  et  s’étaient
       arrêtés pour le regarder. « Il est reparti après ses oiseaux », avait
       dit un débardeur. « Il se dirige vers les Shetlands. Il cherche des
       oiseaux. C’est son quatrième voyage cette année. » « Qu’avez-
       vous  dit  qu’il  était ? »  avait  demandé  Dick.  « Un  de  ces  fous
       d’oiseaux »,  avait  répondu  l’homme.  « Parlez-lui  d’un  oiseau
       rare  et  il  ira  le  chercher  jusqu’à  des  centaines  de  kilomètres,
       dit-on. Il paie bien, aussi, celui qui lui dit où en trouver un. »
          Dick  avait  regardé  le  grand  yacht  à  moteur  s’éloigner  au-
       delà des quais et, une fois qu’ils avaient regagné leur bateau, il
       avait grimpé sur le gréement jusqu’aux barres de flèche et ne
       l’avait aperçu qu’à l’extérieur, déjà réduit à une tache blanche
       entourée  d’embruns  volants,  en  route  vers  des  lieux  de
       nidification d’oiseaux de mer situés très au nord. Un jour, peut-
       être,  il  posséderait  lui  aussi  un  bateau  comme  celui-là.  Il  y
       aurait  toute  une  bibliothèque  de  livres  sur  les  oiseaux,  une
       chambre noire pour la photographie et un appareil photo avec
       un  téléobjectif  pour  les  photographier  sans  avoir  à  s’en
       approcher au point de les  déranger.  Il  aurait tout  donné pour
       pouvoir  monter  à  bord  du  Ptérodactyle  et  parler  avec  un
       véritable homme-oiseaux qui faisait ce que Dick aimerait faire.
          Les  autres  s’étaient  moqués  de  lui  (tous  sauf  Roger,  qui
       aimait les moteurs) et avaient dit que ce n’était de toute façon
       qu’un  bateau  à  moteur,  et  qu’on  pouvait  aller  chercher  les
       oiseaux dans un voilier et avoir tout le plaisir de la navigation.
       Après  ça,  chaque  fois  qu’ils  voyaient  un  bateau  à  moteur
       quelqu’un  disait.  « Il  y  a  un  bateau  pour  Dick »,  mais  il  ne
       s’était pas soucié de leurs taquineries. Le Ptérodactyle, même
       s’il était  mû  par un moteur, appartenait à un  homme-oiseaux
       qui  l’utilisait  comme  Dick  aimerait  le  faire :  un  bateau  à  lui,
       assez grand pour y vivre, comme poste d’observation itinérant.
       Avec un tel navire, on pourrait migrer avec les oiseaux.
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