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pouvait faire tout le bruit qu’il voulait, en dérivant dans la
glace, sans personne pour l’entendre à part les ours polaires.
– Nous sommes nous-mêmes des ours de mer, ajouta Roger,
et nous pouvons faire tout le bruit que nous voulons, et il n’y a
même pas Nansen pour écouter.
Le capitaine Flint se mit à rire, prit l’accordéon que Margot
lui tendait, et il y eut bientôt dans la cabine un vacarme
suffisant pour en soulever le toit. Ils entonnèrent tous les vieux
airs favoris qu’ils avaient l’habitude de chanter dans la péniche
(7)
sur le lac , en tapant du pied et en frappant sur la table.
Margot et Suzanne, occupées dans la cuisine, chantaient tout en
préparant leurs œufs et leurs macaronis. Mais Marion, de temps
en temps, regardait d’un air dubitatif le capitaine Flint. Elle
savait très bien qu’il n’était pas vraiment heureux.
– Tout va bien, oncle Paul, dit-elle. Ça ne pourrait pas être
mieux. Mac sera ravi. Nous sommes dans sa baie, juste là où
nous voulions être.
– Y sommes-nous vraiment ? J’aimerais en être sûr. Si
seulement cette brume infernale se dissipait et que nous
puissions voir ! Nous sommes suffisamment en sécurité, mais il
faudra organiser un quart pour les ancres.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda Dorothée.
– Quelqu’un sur le pont pendant qu’on dort, expliqua
Micky, pour réveiller les autres si ça tourne mal.
Il y eut d’autres chants après le dîner. Puis, avant de se
coucher, tout le monde monta sur le pont pour jeter un dernier
coup d’œil. Le brouillard était plus épais que jamais. De l’eau
s’écoulait de la grand-voile enroulée. Les ponts étaient
mouillés. La lumière qui montait par la lucarne se reflétait dans
la blancheur du ciel. Tout était très tranquille, à part le clapotis
lointain des vagues. L’Ours de mer reposait sur une eau calme.
Ils savaient que ces vagues devaient être quelque part dehors.
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(7) Voir Hirondelles et Amazones et Hirondelles dans la neige dans la présente
série.

