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Le capitaine Flint avait levé les yeux de la table à cartes vers
le compas indicateur situé sous le toit de la cabine.
– Le vent a changé, expliqua Marion. De la brume ou du
brouillard arrive. Et on ne peut plus voir la Tête.
Le capitaine Flint arriva en trombe par l’échelle. Il jeta un
coup d’œil à la falaise qui s’élevait devant lui et sauta sur
l’écoute tribord du foc.
– Pare à virer ! cria-t-il. La barre dessous !
L’Ours de mer pivota très lentement. Un léger souffle venait
du nord-ouest.
– C’est un bon vent pour la Tête, déclara le capitaine Flint.
Pourquoi ne pas l’utiliser et faire notre carénage au port
demain ?
– Et ne pas aller du tout dans la crique ? répliqua Marion.
Mais tu avais promis qu’on irait.
– Eh bien, regarde ça.
Il y avait déjà un autre changement. La colline au sommet
carré se dressait dans une brume qui cachait ses pentes
inférieures. C’était comme une île dans une mer blanche, qui
roulait vers eux. Elle avait recouvert les terres basses et
tourbillonnait autour du pied de la falaise.
– Bon vent pour la Tête, dit encore le capitaine Flint. Et
Dick va pouvoir jeter un autre coup d’œil à son bateau... hein,
Dick ?
– Mais c’est la toute dernière chance de voir des Plongeurs,
objecta le naturaliste du navire.
– Écoute, dit Marion. Ce vent sera contre nous une fois que
nous aurons passé la Tête et nous nous battrons jusqu’au port,
avec des rochers de chaque côté du bateau...
– C’est assez vrai, reconnut le capitaine Flint.
Il regarda vers le sud, vers la Tête invisible, puis vers la
falaise. La brume envahissait déjà le sommet.
– Nous sommes déjà presque à l’intérieur, affirma Marion.
– Et il est assez tard, ajouta Suzanne.

