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Chapitre II
APPROCHE À TÂTONS
Le ressenti général de la journée avait changé. Ce n’était
plus une navigation estivale insouciante. Le mur de brouillard
venait à leur rencontre. Jean, à la barre, surveillait le compas
comme si sa vie dépendait de la stabilité de l’aiguille. Tout le
monde était sur le qui-vive, attendant les ordres, sachant qu’il
ne fallait pas se tromper et que, si quelque chose devait être
fait, il fallait le faire immédiatement. L’écoutille au-dessus de
la salle des machines était ouverte. Roger, les yeux brillants, se
tenait debout, les mains au-dessus des commandes. Le
brouillard roulait sur l’Ours de mer et, depuis le cockpit, il était
difficile de voir le petit drapeau en tête de mât. Un cliquetis
métallique indiqua que Marion et le capitaine Flint, fantômes
gris sur le pont avant, préparaient l’ancre.
Le capitaine Flint vint à l’arrière et jeta un coup d’œil au
compas.
– Continue comme ça, Jean, dit-il.
– Cap nord-ouest, oui.
– Nous avons besoin de quelqu’un aux barres de flèche... :
Dick... ah non, j’ai oublié tes lunettes (Dick nettoyait ses verres
embués). Alors toi, Margot. Je vais peut-être demander à
Suzanne de donner un coup de main pour l’ancre. Marion va
être occupée à partir de maintenant. Tous les autres, gardez les
yeux ouverts et criez dès que vous voyez quelque chose,
n’importe quoi. N’attendez pas d’être sûrs de ce que c’est. Si
vous voyez la moindre chose, criez. Roger, sois prêt à stopper
immédiatement le bateau et fais marche arrière si je crie.
– Bien, commandant !
– Micky, va en bas et ramène cette boîte de suif pour le
plomb. Gaillard d’avant, côté tribord, étagère du haut.

