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ne pas être entendues, et tout ce genre d’horreurs. Demandez à
Cook. Elle la connaît aussi. Elle dansait quand elle est partie.
Oui, vous l’avez fait.
– Je n’étais pas désolée de la voir partir, dit Cook. S’asseyant
à table avant que les repas ne soient prêts, regardant son gobelet
et l’essuyant avec sa serviette, elle est de celles qui ne peuvent
pas quitter la pendule des yeux quand les autres sont un peu en
retard. Si elle était restée plus longtemps, elle aurait mis votre
mère au lit, avec tous les tracas qu’elle suscitait.
– La dernière fois qu’elle est venue ici, ajouta Marion, l’oncle
Paul a dit à maman qu’elle ne devait plus jamais recevoir la G.T.
à la maison, sauf en période scolaire. Et maman a dit qu’elle ne
le ferait jamais.
– Allons dans les collines, dit Margot. Allons sur l’île. Cook
peut venir aussi. On laissera la clé à la G.T., et elle pourra
s’occuper de Beckfoot toute seule.
Dorothée regarda Marion. C’était le genre de plan que
l’Amazone elle-même aurait pu faire en temps normal. Mais, en
charge de Beckfoot, c’était une Marion différente.
– On ne peut pas, dit-elle. Pas de camping jusqu’au retour de
maman.
– Elle va tout gâcher, assura Margot.
– Je sais, dit Marion. Mais ce n’est pas ce qui compte. Vous
ne voyez pas ? C’est maman qu’elle vise, pas nous. Elle veut lui
faire regretter d’être partie. Elle veut qu’elle souhaite ne jamais
être née.
– Eh bien, j’aurais préféré qu’elle ne le fasse pas.
– Ne sois pas une dinde écervelée, riposta Marion. Maman,
pas la G.T. Elle va faire souhaiter à maman de ne jamais être
née. Il faut qu’on s’accroche. Tout comme Cook. Nous devons
gommer ce qu’il y a de « sauvage » en nous. Il faut qu’on soit si
gentilles qu’elle ne puisse pas ne pas réaliser que maman avait
bien fait de partir.
– J’aimerais écraser celui ou celle qui lui a mis dans la tête de

