Page 30 - Pictes_v1b
P. 30
– Elle n’est pas cassée, dit Marion. On a débranché le fil de la
batterie. On s’en servira encore quand oncle Paul et maman
seront revenus et qu’on commencera à bouger.
Au crépuscule, ils franchirent la crête jusqu’à l’extrémité du
promontoire et descendirent le drapeau à tête de mort. Et
l’espace d’un instant, en rentrant à la maison, ils eurent un
aperçu de l’ancienne Marion.
– Il y a quelque chose de différent dans la maison, remarqua
Dorothée. Ce n’était pas tout à fait comme ça. Ce treillis était-il
là l’année dernière ?
– Non, répondit Margot. C’est pour les roses grimpantes.
Oncle Paul l’a fait faire comme cadeau pour maman.
– Très utile, fit Marion. Bien sûr, quand les roses pousseront…
– Ce sera charmant, dit Dorothée.
– Ça ne servira pas à grand-chose, répliqua Marion. Ce sera
trop piquant. Mais maintenant…
Elle mit le drapeau plié entre ses dents, escalada le treillis
comme un singe, et entra dans sa chambre par la fenêtre.
– Oncle Paul dit qu’il est désolé de l’avoir fait si solide, dit
Margot.
De l’intérieur de la maison vint le bruit de quelqu’un qui
dégringolait les escaliers par bonds de géant, et, un instant plus
tard, Marion était à la porte du jardin.
– Joli, non ? dit-elle.
Puis, se souvenant à nouveau de ses bonnes résolutions, elle
redevint hôtesse.
– Vous devez être très fatigués après votre voyage, ajouta-t-
elle. Je pense que, pour la première nuit, vous devriez vous
coucher tôt.
Et les pirates réformés emmenèrent leurs invités dans leurs
chambres à l’étage, allumèrent leurs bougies, leur demandèrent
s’ils avaient tout ce qu’ils voulaient et les laissèrent pour la nuit.
Malgré la grande longue-vue à portée de main, Dick décida
de ne pas attendre les étoiles. Dorothée souffla sa bougie et

